Un estonien à Paris…

06 février 2019

Jeudi, les parisiens reçoivent Saint Jean D’Illac pour le compte de la 16ème journée du championnat de France. Et Ardo Kreek, la figure emblématique du Paris volley de ces dernières années (notamment depuis le départ de l’emblématique Jiri Novak) jouera son 300ème match sous les couleurs du club de la capitale.

L’estonien joue actuellement sa septième saison consécutive à Paris, marchant sur les pas de Novak donc (12 ans) ou de l’exemplaire hollandais Dennis Van Der Veen (7 ans). Près de sept ans donc passés au club avec un bilan extrêmement positif même s’il aurait pu être fabuleux si Paris n’avait pas perdu 3 finales consécutives avant de redevenir Champion en 2015 porté notamment par Ardo, considéré comme le central le plus offensif du championnat.

Le central estonien du Paris volley, aujourd’hui âgé de 32 ans et au français de qualité, a commencé sa carrière internationale… au Rennes volley 35. Arrivé en tant que joker médical, en provenance de son club formateur de Tallin, il aura fait la fin de saison 2009 avec le club breton. Puis recruté par le club prestigieux de Resovia Rzeszow, il fera 3 saisons en Pologne finissant à Varsovie avant de rejoindre le Paris volley en août 2012. Ardo était alors « vraiment enthousiaste de vivre dans une ville comme celle-ci ».

Alors passeur de l’Equipe de France, Pierre Pujol confiait déjà que c’était « une sacrée recrue pour le Paris volley et offensivement impressionnant ».

Dorian Rougeyron entame alors sa deuxième saison en tant qu’entraineur du club du 13ème arrondissement et c’est la première inter-saison où il a pleinement la main sur le recrutement. Et Ardo lui a tapé dans l’œil. Et ce dernier est plutôt bon, on en prendra pour preuve les recrutements de joueurs qui ont explosé en France avant de partir faire la bascule à l’étranger comme Marko Ivovic, Todor Skrimov ou Nikola Hjorgiev (le frère du passeur Gjorgi). Et l’arrivée d’Ardo coïncidera avec le retour au premier plan du Paris volley après 4 ans de disette. Le club atteindra la finale du championnat de Ligue A mais devra céder devant un Tours VB bien plus solide notamment avec son arme de destruction massive qu’était David Konecny. Malgré ses 4 mois passés à Rennes, trois auparavant, Ardo se souvient « je ne comprenais rien en arrivant à Paris mais le temps passant, je me suis organisé pour apprendre et aujourd’hui mon français est suffisant pour vivre au quotidien en France. »

Il se rappelle aussi qu’après cette première finale, « les trois saisons suivantes furent bonnes à nouveau puisque nous avons joué trois finales de plus d’affilée pour enfin obtenir le titre la 4ème année ». Prenant enfin l’avantage sur Tours après une finale perdue l’année précédente contre le TVB, à nouveau, et malgré 3 balles de match. Cette fois-ci, c’était en ½ finale et Ardo, Gasparini, Hoag, Steuerwald, Bahov, Fernandez, Saitta et leurs partenaires, avaient marché sur le TVB d’un Heynen suffisant et appelé en remplacement de Mauricio Paes, pourvoyeur des 4 titres d’affilée du club tourangeau propulsant ainsi ce dernier au rang de locomotive de la Ligue A.

« Avec la victoire en CEV cup, ce sont les moments les plus marquants de ma carrière en club ». Cette coupe européenne, retrouvée après avoir été sorti du 1er tour de la Champion’s League malgré 4 victoires dont une à Resovia, et gagnée au bout d’une saison à 52 matchs en 2014. Il aura fallu du physique pour tenir une saison de la sorte. Et s’il y a un élément qui caractérise Kreek, c’est bien la dimension physique. Erwan Tanguy, le kinésithérapeute du club depuis 10 ans, confirme cela : « je n’ai jamais vu un autre joueur avec de telles qualités physiques. Pas seulement sur le jump mais aussi sur la force et surtout sur les qualités athlétiques au sens premier du terme. En haltéro, c’est un monstre de puissance mais surtout de technique. Son placement est parfait et c’est un bosseur ».

Ardo a du coup évité les blessures avec juste « une seule grosse lésion qui m’a mis 3 mois sur le côté » se rappelle-t-il. C’était à la hanche au début de la dernière saison. Mais il était revenu à son apogée pour les playoffs qui se termineront malheureusement pour les parisiens devant un solide Chaumont VB 52 en ½ finale du championnat.

Quand pourrait-être sa fin de relation avec Paris ?  « Who knows » déclare avec malice l’estonien mais Ardo se délecte alors de se dire que « ces incroyables moments passés au Paris volley avec des hauts et des bas comme dans tout sport » resteront gravés dans sa mémoire. Mais il continue en ajoutant que « clairement, ce seront les souvenirs les plus mémorables de sa carrière de joueur ». Et de rebondir sur le fait que vivre dans la Ville Lumière lui parait tellement « normal » aujourd’hui alors que si « quelqu’un [lui] avait dit cela 10 ans auparavant, [il] ne l’aurait jamais cru ».

En tout cas, il aura marqué et continuera de marquer le club et son coach de toujours, Dorian Rougeyron qui le décrit ainsi : « c’est un joueur avec un fort impact athlétique et qui se discipline de plus en plus tactiquement depuis qu’il est à Paris. Et surtout c’est un joueur sur lequel on peut compter dans les moments de combats. On sait qu’on peut partir à la guerre avec lui ». Et d’ajouter que c’est l’archétype du joueur qui « élève son niveau quand les moments cruciaux, comme les playoffs, arrivent ».

 

Ardo, c’est aussi sa famille estonienne à Paris avec lui. Sa femme Mari, premier soutien du colosse et son fils Carl qui fait déjà parler son physique et sa technique dans les équipes jeunes du club. Mari considère même que « l’implication d’Ardo et sa fidélité à l’équipe ont offert à  [leur] famille une grande stabilité en n’ayant pas à changer de ville ou de pays chaque saison. Et c’est un fait essentiel pour un sportif professionnel ayant une famille ».  Paris peut donc être considérée « comme une seconde maison pour eux et que des amitiés se sont formées ainsi que de superbes souvenirs grâce à Ardo et l’équipe à travers toutes ces années » rajoute Mari. Et on mettrait bien une petite pièce sur le fait que l’histoire d’Ardo et de sa famille à Paris est encore à écrire.

Ce jeudi, puisque ce qui compte après tout en compétition, c’est le présent, le balte et ses partenaires devront donc tenter de se défaire des Illacais. Et le match aller avait été le premier moment de la saison pour les parisiens à se trouver en difficulté. Paris l’avait emporté 3/2 au terme d’un âpre combat où les girondins avaient démontré qu’ils ne finiraient pas la saison en dehors des playoffs. Cela n’est pas encore mathématiquement le cas et cela ne le sera peut-être qu’en toute fin d’exercice mais les « péri-bordelais » sont bien partis pour. Et si cela se terminait sur le fil du rasoir pour la 8ème place alors les deux équipes se retrouveraient en ¼ de finale (si Paris finit bien 1er de la saison régulière). Autant dire que le retour à Paris des anciens de la maison que sont le coach « Anisse De La Guèche », le passeur à la première main magique « Romain Bonsla » et le franco-brésilien « Kaduzizaõ », s’annonce explosif. Kadu étant d’ailleurs en très grande forme actuellement selon Dorian Rougeyron qui l’a formé au Paris Volley alors qu’il était entraineur de la réserve parisienne. Kadu (de son nom complet Carlos Antony) finissant même meilleur marqueur de la dernière rencontre contre Nancy devant même les deux pointus du match. Avec notamment un excellent 71% à l’attaque…

Anisse Guechou avait déclaré avant le match aller qu’il avait « un plan A, B et même C », on espère pour lui qu’il aura avancé dans l’alphabet pour tenter d’inverser le score du match aller. Mais les parisiens savent à quoi s’attendre et ont conscience de la valeur des abeilles aquitaines. Et particulièrement des vertus de combat que les joueurs d’Illac ont démontré depuis le début d’année. L’ASI a même joué huit tie-breaks sur les 15ères journées de championnat.

Hier et avant-hier, Ardo a joué avec beaucoup de partenaires différents ; mais aujourd’hui tous ceux présents à ses côtés dans la bataille pour la remontée en Ligue A, s’accordent à dire que le puissant central est un élément fondamental et exemplaire dans le collectif. « Boom-boom Kreek » va continuer de tirer tout ce petit monde vers le haut pour aller chercher tout d’abord une victoire contre les illacais puis les playoffs puis la remontée en Ligue A et si tout cela se réalisait pour le plus grand bonheur des parisiens, alors Ardo Kreek pourrait envisager à nouveau de grandes choses avec son club de toujours, sa deuxième maison, presque sa deuxième famille en somme.

L’histoire de l’estonien à Paris se poursuit…

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