Paris volley : le match le plus compliqué de l’année ?

12 avril 2019

Samedi, le club parisien affrontera Saint-Jean-d’Illac en demi-finale des playoffs de Ligue B.

Et ce match aller aura lieu en terre girondine dans l’antre de l’équipe révélation de l’année. Autant la confrontation face à Avignon laissait présager de la supériorité parisienne même à l’extérieur. De même autant une finale aller éventuelle des parisiens (que ce soit à Saint-Nazaire ou Cambrai) mettrait ces derniers dans une « inquiétude nécessaire » de niveau suffisant pour aborder la dernière marche hors de la capitale à plein régime. Autant, à l’opposé, ce premier opus de la série parisiano-girondine peut être le piège parfait pour le club de la capitale. 

 

En effet comme contre Avignon, les joueurs de Dorian Rougeyron ont remporté les deux rencontres de la phase régulière. Il est donc logique que ceux-ci aient la faveur des pronostics. Encore plus si l’on se base sur le match retour joué dans la capitale et remporté relativement aisément par les locaux. Toutefois, il y avait eu un premier set bien serré et arraché sur le score de 25/23 et dont la perte aurait -bien évidemment- pu modifier le cours de la rencontre. 

 

Mais à l’heure de revenir à la Ruche Arena, chez les abeilles illacaises, il faudra aux favoris (ainsi vus par tout le monde depuis six mois) se remémorer la très difficile victoire ramenée du pays de Maya. En effet, les hommes d’Anisse Guechou, avaient mené la vie dure à Pepe Gonzalez et les siens. Ces derniers avaient arraché la victoire au tie-break non sans devoir batailler près de 2h30 et en étant menés à deux reprises.  A l’époque, Illac n’était pas au mieux sur le plan comptable mais en raison de défaites au tie-break notamment. Toutefois, on estimait déjà que cette équipe proposerait autre chose de manière immédiate aux parisiens mais aussi sur le long terme dans ce championnat de ligue B auquel ils accédaient. Et à la suite du match, une des hypothèses émises était pour Paris de revenir en playoffs in « Zze place to bee ». On envisageait alors plutôt un 1/4 de finale imaginant donc que Illac pouvait finir vers la 8ème place. Leur fin de saison tonitruante les a propulsés à la 5ème marche du classement au regard notamment des 6 victoires consécutives auxquelles il convient, à ce jour, de rajouter les deux manches remportées en quart contre Le Plessis-Robinson.

 

Sur cette série et sur l’ensemble de la saison même, cette équipe a fait montre d’un collectif bien équilibré où chacun semble avoir eu sa part de responsabilité dans la réussite. Un joueur se dégage malgré tout, car il a enchaîné les prestations de premier ordre. Carlos Antony dit Kadu, ancien parisien il y a une dizaine d’années déjà. Le Franco-brésilien est un véritable métronome dans l’ensemble des secteurs et sa technique individuelle est probablement l’une des plus stables de la ligue tant défensivement qu’offensivement. Il a fini à 18 points sur le dernier match volant la vedette offensive comme souvent cette saison au pointu Adrien Taghin. A 64% d’efficacité, Kadu semble maitriser le fameux HPP (Haut Précis Puissant) à la perfection là où tant d’attaquants mettent l’acronyme dans le mauvais ordre et notamment sur le fait de ne pas prendre la balle le plus haut possible indépendamment des qualités de « jump » intrinsèques à chacun. Or si Kadu a d’énormes qualités, les années et les entorses lui ont fait perdre de sa hauteur. Mais il prend la balle « grand bras » au sommet de la trajectoire de la balle quel qu’en soit la qualité. Et ça fonctionne.

En début d’année, Anisse « Baba » Gueuchou espérait que le central Cedic apporte plus que ce qu’il en a été longuement mais il semblerait que l’ancien pensionnaire de Montpellier (ligue A) ait trouvé la bonne carburation. Et cela notamment dans sa relation au passeur Romain Bonon qui n’était pas au beau fixe et qui apparait sur les deux matchs face au Plessis en tout cas, comme étant devenue très intéressante dans la gestion du jeu du meneur illacais.

 

La clef se trouvera donc, comme bien souvent cette saison, dans les mains des parisiens eux-mêmes. Il faudrait faire du « Guy Roux » puissance mille pour essayer de se cacher derrière un discours consensuel. Le Paris volley a été monté pour rebasculer dès cette saison vers la ligue A. La phase régulière a confirmé cette domination avec uniquement deux défaites dont une à Cambrai où les nordistes avaient fait un match de playstation au service et une face à Martigues au cours de laquelle Paris avait évolué sans Pepe Gonzalez, son pointu. Or l’argentin est clairement le meilleur joueur offensif de la ligue. Et cela confère donc à Paris un statut inhérent à la qualité de son joueur phare. La Ma[k]ina a cumulé les prestations à plus de 60% de réussite à l’attaque, ce qui est phénoménal pour ce poste où on se retrouve à hériter bien souvent des balles en situation minimale. Lorsque Julien Lavagne est lui aussi, au-dessus de la ligue sur les tâches arrières (comme lors du match retour où il avait arraché un sourire à Bonon sur sa énième défense), cela confère au jeu parisien une forme de solidité et de constance qu’aucun autre club de la ligue ne possède. Entre ces deux protagonistes du jeu parisien, il y a l’interface « Gigi ». Gjorgi Gjorgiev, le passeur du Paris volley, est talentueux et n’a qu’une idée en tête, la montée en Ligue A. On y  ajoute un trio de centraux des plus solides avec Lafitte, Weyl et Kreek, ce dernier étant élu MVP de la saison régulière (à égalité avec Gonzalez). Mais aussi un libéro de qualité, le japonais Ryuta et enfin le retour à la performance de l’américain Greg Petty après un début d’année consacré à son retour de son opération des croisés.

 Encore un coup de génie du kinésithérapeute parisien Erwan Tanguy probablement, un de plus diraient certains. Ce dernier nous donne son sentiment sur la situation physique des joueurs :

 « Depuis dix ans, l’effectif répond toujours présent au moment des phases finales sur le plan physique et notamment sur les aspects micro-traumatiques qui font que certains clubs doivent faire sans certains de leurs joueurs dans le money time. Cela montre a priori la qualité de la gestion physique des joueurs qui passe par la case médicale, Patrick Sportouch, et para-médicale bien sûr mais aussi par celle de la gestion globale de la charge de travail par le coach. Et Dorian (ndlr Rougeyron) est à l’écoute. L’idée n’étant pas de (sur)protéger les joueurs, loin de là même, mais plutôt de faire en sorte que cette charge de travail à l’entrainement puisse justement être la plus haute possible. Il est fort probable qu’aujourd’hui et au regard de la répétition des matchs et encore plus pour les internationaux, il faut, contrairement à ce que l’on pense bien souvent, que les joueurs augmentent leur investissement dans le travail physique notamment. Un joueur comme Julien lavagne par exemple, a bien compris le mécanisme de protection que confère ce phénomène. Ardo Kreek est un monstre physique mais parce qu’il s’impose des séances solides. C’est d’ailleurs en l’observant quand il est arrivé il y a 7 ans que j’ai compris la place fondamentale du squat complet par exemple. Pepe Gonzalez, lui, en plus de la dimension de la préparation physique, arrive toujours le premier à la salle avant les séances volley et a sa routine d’échauffement et de mise en route parfaite et complète. »

Le pivot central de la forme physique, au-delà des aspects sanitaires mais plutôt dans ceux de la performance, c’est bien évidemment le préparateur physique Christian Kapfer. Le bourreau au sourire permanent œuvre depuis plus de dix ans au Paris volley et aura participé à ramener plusieurs titres à la maison. Mais c’est la dernière campagne de « Cri-cri d’Amour » comme l’appelle son comparse kiné. En effet, il prendra sa retraite à la fin de l’année et il l’espère sur une dernière réussite.

Le sept parisien est en ordre de marche donc tout comme Danny Poda, qui fut titulaire une bonne partie de la saison, et qui fait preuve d’une hardiesse incomparable à vingt ans pour rentrer en cours de match et particulièrement au service. Et lui aussi ne laisse rien au hasard sur l’extra-volley, particulièrement sur la nutrition où les GAF sont utilisés à leur juste mesure, notamment pour leur composition complète et variée.

 

On le comprend, si Paris aborde ce match le couteau entre les dents et conscient que son adversaire est d’une grande compétence, alors les partenaires du capitaine Franck Lafitte peuvent s’épargner une montée de stress qui serait directement corrélée à la perte de cette première rencontre et cela même avant de recevoir pour deux fois. Si en revanche, ils laissent l’initiative du combat aux coéquipiers de Hugo Moulinier dit La Moul’ alors l’indigestion serait envisageable.

 

Le « petit » club de Saint-Jean-D’Illac, arrivé au niveau professionnel cette année, aura grandi à vitesse grand V et on sait que des dynamiques à la « Danemark 1992 » (les vainqueurs du championnat d’Europe de foot avaient été repéchés au dernier moment en raison de l’éviction de l’ex Yougoslavie, et avaient surfé sur une dynamique collective positive) sont des vecteurs de réussite. C’est donc bien probablement le match le plus compliqué de l’année qui attend les parisiens qui eux doivent confirmer leur statut. Ils en ont les moyens…

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